Du temps que nous consacrerons à donner du sens à l’information dépend le fait que nous puissions l’exploiter ou que nous devions la subir. Que nous puissions aller plus vite d’un endroit à un autre, que nous puissions communiquer plus rapidement et échanger aux quatre coins du globe, ne change rien aux questions que nous avons à nous poser : dans quel sens allons-nous, vers quel sens voulons-nous aller ? « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » disait Gandhi. Si la mise en pratique semble parfois utopiste, au mieux difficile, nous avons aujourd’hui à travers les technologies numériques un potentiel de changement transformationnel au niveau de chaque individu. Nous pouvons créer un chemin, pour peu qu’on prenne le temps de la réflexion, pour tirer des réponses à nos crises de la masse d’information qui nous submerge.
Ce chemin passe sans doute par la création d’une intelligence responsable et collective, née des diversités individuelles. Cette intelligence ne se construira pas dans les réponses immédiates à des stimuli de communication instantanée pour générer des comportements grégaires de consommation au sein de communautés ciblées. Elle se construira dans l’asynchronisme et le recul ainsi que le temps donné à chacun de poursuivre son propre rythme de réflexion pour pouvoir relier ce qui ne l’est pas a priori.
Passée la période de découverte, les technologies de l’information et des communications sont comme tout autre progrès : ni un bien, ni un mal, tout dépend de l’usage qui en est fait. Elles nous donnent plus de capacité d’action pour rassembler des informations et les relier, mais les décisions nous appartiennent. Nous devons résister à la tentation de l’ignorer dans cette sorte « d’extase » ou d’ivresse de la vitesse qui nous ferait croire les machines infaillibles ou douées de raisonnements subtils, de « lois de la robotique » qui nous protègeraient des dérives. Car si nous ne bâtissons pas nos systèmes d’information « intelligents », c’est-à-dire intégrant le temps asynchrone de la réflexion humaine et si nous ne plaçons pas l’humain au cœur de ces systèmes, nous ne prenons pas le temps de réfléchir aux conséquences de nos actes et de nos décisions. Nous laissons dès lors le contrôle ni aux plus forts, ni aux plus intelligents, ni aux plus sages, mais aux plus rapides … à se saisir d’une situation pour leur bénéfice, sans souci d’éthique ou de responsabilité collective.
— Vive l’asynchronisme !
Par Sabine Bohnké, fondatrice du cabinet Sapientis